Crise du M23 : la guerre des drones s’intensifie
Résumé
Au cours du mois de février 2026, le Baromètre sécuritaire du Kivu a documenté au moins 207 incidents sécuritaires, dont 94 affrontements armés, 29 enlèvements et 84 tueries de civils. Bien que ce total mensuel soit le plus bas depuis octobre 2025, il ne traduit pas pour autant une amélioration de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). D’une part, le mois de février, plus court, enregistre mécaniquement moins d’incidents que les autres. D’autre part, certains actes de guerre qui se sont produits parfois hors de la zone de couverture du projet et sans faire de victime, comme les attaques de drone kamikazes sur l’aéroport de Kisangani n’apparaissent pas dans ces données mais témoignent néanmoins d’une intensification du conflit.
L’Alliance fleuve Congo/ Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et l’armée rwandaise ont été impliqués dans la majorité des affrontements armés (48 sur 92). Ils se sont notamment concentrés sur le territoire Masisi, au Nord-Kivu avec 28 incidents documentés, soit près d’un tiers du total. L’AFC/M23 a également revendiqué de nouvelles attaques de drone sur l’aéroport de Kisangani, principal centre de commandement des drones des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).Ceci n’a pas empêché les FARDC d’intensifier leur usage de drones contre l’AFC/M23, lui infligeant des pertes significatives.
Les Forces démocratiques alliées (ADF) ont été auteures de la majorité des homicides (56 civils tués) et des enlèvements perpétrés par des acteurs armés durant la période.
Dans la province de l’Ituri, les combattants de la Convention pour la révolution populaire (CRP) ont poursuivi leurs actions violentes. Ils ciblent désormais des civils, y compris des notables issus de la communauté Hema, qu’ils prétendent protéger. Les combattants de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) ont en revanche continué à observer une certaine retenue.

M23 : les offensives aériennes s'intensifient
Les principales lignes de front entre la coalition gouvernementale et l’AFC-M23/Forces de défense rwandaises (RDF) sont demeurées figées et aucune reconfiguration territoriale majeure n’a été enregistrée depuis le retrait des troupes de la rébellion de la ville d’Uvira en janvier. Ceci ne signifie toutefois pas une accalmie. L’utilisation des vecteurs aériens par toutes les parties au conflit du M23 est de plus en plus fréquente. Le 1er et le 5 février, l'aéroport international de Bangboka, dans la ville de Kisangani, a été cible d’une série d’attaques par drones kamikaze, revendiquée par la rébellion de l’AFC/M23.
Elle visait, selon les rebelles, le centre de commandement des drones de l'armée congolaise. Ces engins auraient été abattus par les FARDC et leurs alliés sans faire de dégâts, selon des sources sécuritaires. Le 24 février, les FARDC ont ciblé une maison située dans la ferme de Kishusha près de la cité minière de Rubaya, en territoire de Masisi dans la province du Nord-Kivu. Selon plusieurs sources concordantes, une réunion du commandement militaire de la rébellion s’y tenait. L'attaque de a fait au moins neuf morts, dont le « colonel » Willy Ngoma, porte-parole militaire du M23.
Les affrontements se sont également poursuivis, notamment entre le M23 et les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Le 1er février, dans le territoire de Rutshuru, au village Chahi, des combattants du M23 en patrouille sont tombés dans une embuscade tendue par des éléments des FDLR. Il pourrait s’agir de représailles suite aux attaques du M23 sur leurs positions survenues au mois de janvier. Les affrontements ont duré près d’une heure avant que les combattants FDLR ne se replient vers le Parc national des Virunga (PNVi). Le 8 février, dans le même village, les combattants du M23 ont attaqué des positions tenues par les FDLR. Les échanges de tirs ont duré près de quatre heures. Par crainte de représailles, les habitants ont déserté leurs villages. Aucun bilan humain n’a été rapporté. Le 3 février, dans le groupement Mutanda, au village Kabuhendo, des combattants du M23 ont attaqué des positions occupées par les FDLR. Les affrontements ont duré environ deux heures avant que les FDLR ne se replient en direction du PNVi. Le lendemain, 4 février, dans le même village, les FDLR ont tenté de reprendre leurs positions. Ils sont alors tombés dans une embuscade tendue par les combattants du M23. Les affrontements qui ont suivi ont fait quatre morts dans les rangs des FDLR, qui ont ensuite été dispersés.
Des exactions sommaires ciblées contre les civils continuent aussi d’être rapportées.
À la suite des affrontements ayant opposé les Wazalendo Kamama au M23 le 18 février à Lemera dans le territoire d’Uvira, des opérations de ratissage menées par le M23 ont été suivies de plusieurs exécutions sommaires. La Croix‑Rouge locale a procédé à l’inhumation de 11 corps, tous des hommes.

Les ADF poursuivent leurs tueries
Malgré une légère baisse du nombre de victimes civiles par rapport au mois de janvier, les ADF sont restés le groupe le plus meurtrier dans la zone couverte par le projet KST. Ils ont tué au moins 56 civils au cours du mois de février, dont 32 en territoire de Lubero (le centre de gravité habituel des massacres ces derniers mois), 23 en territoire de Beni et un en territoire d’Irumu. Les ADF sont également responsables de l’enlèvement d’au moins seize civils et ont été impliqués dans cinq affrontements contre les FARDC et les Wazalendo.
Le territoire de Mambasa a connu plusieurs mouvements de troupes des ADF, mais relativement peu d’exactions, hormis la collecte de paiement pour des « jetons » et les taxes d’exploitation que les rebelles imposent aux populations locales depuis novembre 2025.
Ailleurs, les ADF ont continué à commettre des tueries, dont notamment des embuscades sur les axes secondaires fréquentés par des motos, et des destructions d’infrastructures civiles.
Lors d’une attaque ADF au village Mamove, le 1er février, deux hommes ont été tués, et 10 maisons d’habitation ainsi que 57 boutiques et dépôt de marchandise ont été incendiées. Le 3 février dans le territoire de Beni, les ADF ont tué quatre agriculteurs sur le tronçon Oicha-Mamove, à Malibo. Les assaillants ont également brûlé huit motos. Le même jour, les ADF ont fait une incursion au village Mulolya où ils ont tué huit civils dont une femme. Le 5 février, les ADF ont fait une incursion dans la commune d’Oicha, où ils ont tué deux hommes et brûlé quatre motos au quartier Mabasele avant de se retirer. Au village de Mangadu, les ADF ont tué cinq personnes, dont une femme, le 10 février. Le 12 février, sur l'axe routier Mbau-Mandumbi, deux motocyclistes ont été tués par des ADF à Ilimba. Les assaillants ont aussi brûlé leur moto.
À Mambimbi et Boti, le 6 février, au moins 16 personnes ont été tuées par les ADF, qui ont également incendié sept maisons. Ces incursions ont provoqué un déplacement massif de la population locale et un nombre élevé d’autres personnes sont portées disparues. Le 7 février, les corps de six des personnes enlevées ont été retrouvés décapités, et le 10 février quatre corps supplémentaires ont été retrouvés.
Le 27 février, dans le territoire d’Irumu, des combattants ADF ont attaqué une position des FARDC au village Machongani, sur l’axe Luna–Komanda. Le bilan fait état de deux militaires FARDC tués. Une épouse de militaire a également été tuée sur le champ, tandis qu’une autre est décédée des suites de blessures par balle et une troisième a été grièvement blessée. Lors de cette attaque, les assaillants ont récupéré une arme appartenant aux FARDC et ont également incendié deux motos avant de se retirer.
La bataille pour le contrôle de Bule se poursuit
En Ituri, la dynamique du conflit a été dominée par l’activisme de la CRP comme le mois précédent. Un affrontement violent entre la CRP et les FARDC a été signalé le 4 février à Bule, localité située à environ 10 kilomètres au sud-est de Fataki. À l’issue de ces combats, la CRP a repoussé les FARDC aux marges de la cité qu’elles contrôlaient depuis le 16 janvier 2026. Les FARDC ont lancé une contre-attaque le même jour, sans toutefois reprendre la cité. Selon les sources locales, deux civils soupçonnés de collaboration avec les FARDC auraient été tués par la CRP.
Deux autres attaques contre une position des FARDC ont été signalées le 10 et le 11 février à Bule.
FARDC et CRP se sont également affrontés à Sanzi, à 5 kilomètres au nord-ouest de Nizi, provoquant la mort d’un civil et la blessure grave de trois autres par balles perdues. Au total, quatre affrontements ont opposé la CRP aux FARDC pour le contrôle de la localité de Bule durant ce mois de février. A la fin du mois, son contrôle restait contesté, avec des positions à la fois de la CRP et des FARDC.
Outre les victimes collatérales des affrontements armés, la CRP pourrait être également responsable de morts violentes de civils dans le territoire de Djugu, notamment pour intimider les membres de la communauté Hema réticents à les soutenir. Le 7 février, au village de Sapali, situé à 1 km au nord-ouest de Bule, les habitants ont découvert huit corps sans vie. D’après les sources locales, les victimes seraient des membres de la communauté Hema qui refusaient de rejoindre leur cause.
Au mois de janvier, la CRP avait déjà tué le président de la société civile de Bule et enlevé celui de la Fédération des entrepreneurs du Congo (FEC). Tous deux appartenaient à la communauté Hema.
Entretemps, les FARDC continuent de suspecter l’armée ougandaise (UPDF) de soutenir la CRP. Lors de ce mois, ce soupçon s’est notamment renforcé du fait de la proximité observée entre la CRP et les UPDF dans la localité de Savo et de l’inaction des UPDF vis-à-vis de cette milice, y compris, lors de ses attaques contre les FARDC.

À propos
Ebuteli est un institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, basé à Kinshasa.
Vingt ans de Constitution en RDC : comment la pratique du pouvoir a fragilisé l’équilibre institutionnel
Et si le débat sur la réforme constitutionnelle détournait l’attention d’un enjeu plus fondamental : l’application effective des règles existantes ?
Aujourd’hui, Ebuteli publie une nouvelle note de sa série sur les réformes institutionnelles, intitulée Vingt ans de Constitution en RDC : comment la pratique du pouvoir a fragilisé l’équilibre institutionnel. Cette étude met en évidence les écarts entre les mécanismes prévus par la Constitution et leur mise en œuvre dans la pratique.
La note établit un constat central : les déséquilibres institutionnels observés tiennent moins au texte qu’aux pratiques politiques qui s’en écartent ou en contournent les mécanismes. Ils se traduisent notamment par un affaiblissement du contrôle parlementaire, une présidentialisation de fait du régime et une décentralisation inachevée.
Sur le plan parlementaire, les données collectées par Talatala montrent qu’entre mars 2021 et décembre 2025, 458 moyens de contrôle et d’information ont été déposés, dont seulement 22 ont été examinés. Cet écart illustre la faible activation des mécanismes de redevabilité pourtant prévus par la Constitution.
Au sein de l’exécutif, la pratique tend à renforcer le rôle du président de la République au détriment du gouvernement, contribuant à une présidentialisation de fait du régime. Par ailleurs, la décentralisation reste largement théorique, l’autonomie provinciale demeurant conditionnée dans la pratique.
La note souligne également que le débat constitutionnel reflète souvent des rapports de force politiques, tandis que le recours récurrent au dialogue politique tend à contourner les procédures ordinaires de responsabilité.
Face à ces constats, Ebuteli recommande de prioriser l’application effective des règles existantes et le renforcement des mécanismes de contrôle, avant d’envisager d’éventuelles réformes constitutionnelles.
Esclation and Restraint in Conflicts in the Democratic Republic of the Congo
Aujourd’hui, REFRACT et Ebuteli publient leur rapport intitulé Escalation and Restraint in Conflicts in the Democratic Republic of the Congo. Ce rapport propose une analyse approfondie des dynamiques d’escalade et des mécanismes de retenue dans les conflits congolais au cours des trois dernières décennies.
Premièrement, le rapport souligne la nécessité de porter autant d’attention aux moments et aux contextes où la violence a été évitée ou réduite qu’aux épisodes d’escalade. Ceci part d’un constat : les analyses se concentrent trop souvent sur les causes du déclenchement des conflits, tout en négligeant les facteurs qui permettent leur atténuation.
Deuxièmement, l’étude démontre qu’aucune cause unique – qu’il s’agisse des minerais, de la faiblesse de l’État ou des ingérences étrangères – ne peut expliquer à elle seule la persistance des violences. L’escalade et la retenue résultent d’interactions complexes entre facteurs politiques, économiques, sociaux et historiques.
Le rapport consacre une étude de cas approfondie à la province de l’Ituri, qui illustre l’alternance entre périodes de violence intense (1999–2005), phase relative de stabilisation (2005–2017), puis nouvelle escalade à partir de 2017 avec la montée du groupe armé la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco).
Cette étude met en lumière le rôle des rivalités régionales et des interventions étrangères ; l’importance des conflits fonciers et des inégalités culturelles ; l’instrumentalisation politique des identités communautaires ; les limites des réponses strictement militaires ainsi que l’impact fragile des démobilisations et des initiatives locales de réconciliation. Le rapport appelle à la mise en place d’un processus de paix capable de renforcer les institutions publiques, d’encadrer durablement la démobilisation des groupes armés, de traiter les causes structurelles des conflits et de réduire les ingérences externes.
Lire et télécharger le rapport en version anglaise. La version française suivra prochainement.
L’AFC/M23 se retire d’Uvira, la bataille se poursuit dans les airs
Résumé
Au mois de janvier 2026, Ebuteli a documenté au moins 234 incidents sécuritaires, soit une diminution de 28 % par rapport au mois de décembre 2025. Les enlèvements sont, par contre, en hausse par rapport aux précédentes périodes. L'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) sont responsables du plus grand nombre d’incidents de ce type, visant souvent des civils qu’ils accusent de collaborer avec leurs ennemis. Les ADF ont poursuivi les tueries de civils dans le territoire de Lubero. Alors que ces incidents se déroulaient dans la chefferie de Bapere en janvier, nous avons constaté une hausse du nombre de tueries dans le secteur de Baswagha.
Dans la province de l’Ituri, les affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la Convention pour la révolution populaire (CRP) se sont intensifiés. Après le retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, en plus d’exactions sommaires, les affrontements se sont poursuivis dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, avec une intensification des frappes aériennes et l’utilisation de drones kamikazes visant notamment l’aéroport de Kisangani. En dépit des processus de paix en cours, le conflit semble se poursuivre et s’enliser.

En Ituri, la CRP résiste ; la baisse de l’activisme de la Codeco se confirme
Dans le territoire de Djugu, le KST a documenté dix affrontements armés, dont huit ont opposé les FARDC à la CRP en janvier contre 13 en décembre. Le 5 janvier, la CRP a pris le contrôle de la localité de Bule, dans le territoire de Djugu, en chefferie de Bahema-Badjere. Du 15 au 16 janvier, les affrontements ont repris entre les FARDC et la CRP à Bule à la suite desquels onze combattants de la CRP ont été tués, quatre ont été capturés et deux civils ont été tués. Les FARDC ont repris le contrôle de Bule le 16 janvier.
Les FARDC continuent d’organiser des bouclages pour traquer les combattants de la CRP.
Comme en octobre et en décembre, la Codeco-URDPC a par ailleurs continué d’observer une relative retenue en janvier. Ses combattants ont néanmoins tué deux hommes lors d’un braquage survenu au village de Djadju, dans le groupement de Fataki, en territoire de Djugu, le 11 janvier. Dans le même village, ils ont tué un militaire FARDC et ont emporté son arme, le 18 janvier. Ils ont aussi enlevé 24 civils accusés de collaborer avec la CRP, dont une personne à Pakenge-Siro le 5 janvier, 17 personnes à Jupakpece le 21 janvier et six autres à Pimbo le 27 janvier.
Les tueries des ADF reprennent et ciblent les FARDC
Les ADF ont tué au moins 73 personnes au cours du mois de janvier. Ils ont aussi enlevé 36 civils.
Durant le mois de décembre 2025, les exactions des ADF avaient considérablement baissé (Ebuteli n’a documenté que six décès liés aux attaques des ADF) après le pic de 123 tueries documenté durant le mois de novembre. La reprise des tueries perpétrées par les ADF en janvier pourrait s’expliquer par la baisse de la pression des opérations militaires Shujaa à leur encontre dans cette zone. En plus des tueries survenues dans les territoires de Lubero et d'Irumu, les enlèvements de civils se sont étendus au territoire de Mambasa.
Sur ce territoire, les ADF imposent aux populations locales des taxes sur les activités agricoles et y dispensent des prêches de sensibilisation à la conversion à l’Islam, un phénomène émergent, documenté pour la première fois en novembre 2025.
Les ADF sont en revanche très agressives à l’égard de l’armée congolaise et ougandaise. Une embuscade tendue par elles a ainsi fait 14 morts dans les rangs des FARDC à Banzu-Banzu le 7 janvier. C’est le bilan le plus lourd infligé par les ADF aux FARDC depuis octobre 2025.
Le territoire de Lubero, quant à lui, a été touché une nouvelle fois par les tueries après une relative baisse des incidents durant le mois de décembre 2025. Le 1er janvier, aux villages de Kilonge, Maendeleo, Katanga et Brazza dans le secteur de Bapere à l'ouest de Manguredjipa, les ADF ont tué 16 civils, incendié des habitations et enlevé cinq personnes. L'unité des FARDC qui est intervenue pour contrer cette attaque a perdu deux de ses hommes durant la contre-offensive. Au village de Mavwe-Mavwe, le 19 janvier, les ADF ont tué sept personnes, en ont blessé une autre avant d'incendier une douzaine de maisons.
Le 21 janvier, dans le cadre d'une série d'attaques dans le groupement Mwenye de la chefferie de Baswagha, les ADF ont investi le village de Mako, où ils ont tué six civils. Après Mako, les ADF ont tué un homme au village voisin de Mambau et cinq autres personnes, dont une femme, dans le village suivant, Lukono. Au cours de cette attaque, cinq structures sanitaires de la zone ont été vandalisées.
Dans le territoire de Mambasa, l’attaque la plus meurtrière durant la période sous examen est survenue le 25 janvier dans le secteur Walese Vonkutu, dans le territoire d’Irumu, province de l’Ituri, où les ADF ont tué au moins 22 civils au village d’Apakolo.
Certains corps de victimes ont été piégés avec des explosifs par les assaillants, rendant ainsi leur inhumation difficile.
L’AFC/M23 se retire de la ville d’Uvira
Le 16 janvier, les rebelles de l’AFC/M23 se sont retirés de la ville d’Uvira. Ils se sont repositionnés à Sange, située à environ 30 km d’Uvira, carrefour d’accès aux moyens et hauts plateaux d’Uvira et de Fizi, notamment vers Mulenge et Lubarika.

Alors que les FARDC et les Wazalendo reprenaient la ville le 18 janvier, plusieurs exactions s’en sont suivies, souvent liées à des tentatives d’extorsion. Les Mai-Mai Kuruninga ont tué un garçon dans le quartier Kalundu et un homme dans le quartier Kabindula, le 19 janvier.
Les Mai-Mai Landa Bango ont tué une femme dans le quartier Sondo le 19 janvier. Le même jour, un groupe de dix hommes armés non identifiés a tué un homme dans le quartier de Kilibuli. Les assaillants l’ont accusé de collaborer avec le M23.
Au quartier Kasenga, lors d'un braquage, le 24 janvier, des hommes armés non identifiés ont tué un civil âgé de 22 ans.
En dehors de la ville d’Uvira, les FARDC, appuyés par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les Wazalendo, ont attaqué le 7 janvier les combattants du M23 au village de Kabimba et, le 10 janvier, au village de Kifuta, dans le groupement Kalungwe, en chefferie de Bavira, dans les moyens plateaux du territoire d'Uvira.
Le 11 janvier, dans les hauts plateaux du territoire de Fizi, dans le groupement Basilocha, les Twirwaneho alliés au M23 ont attaqué les positions tenues par les FARDC et les Wazalendo au village d'Abala. En représailles, les FARDC ont ciblé le village de Mukoko avec des drones les 11 et 12 janvier et ont récupéré des armes et des munitions perdues à Abala.
Le 29 janvier, la coalition rebelle Twirwaneho/M23/Red Tabara et les Forces nationales de libération (FNL) a attaqué les Mai-Mai Mutetezi Bolingo dans les villages de Kilumbi et d’Abala en territoire de Fizi. Cette attaque a fait un bilan de trois morts dans les rangs des Mai-Mai Mutetezi Bolingo. Les Twirwaneho ont occupé les zones autour du « point zéro », position stratégique pour le contrôle des hauts plateaux de Fizi et d'Uvira. La zone des moyens et des hauts plateaux avait été dégarnie par les FARDC pour se positionner dans la ville d’Uvira.
Dans la plaine de la Ruzizi, à Sange, le 29 janvier, une grenade lancée par des combattants du M23 a tué cinq civils et en a blessé onze autres au quartier Rutanga dans la commune de Sange.
Des tueries de civils ont été documentées pendant et après le retour des groupes Wazalendo à Uvira. Bien que très préoccupantes, les exactions du mois de janvier sont en baisse par rapport à décembre 2025, marqué par la prise d’Uvira par le M23 (au moins 151 civils tués sur le territoire d’Uvira en décembre, contre 21 en janvier).
En dépit du retrait de l’AFC/M23 d'Uvira, la frontière congolo-burundaise est restée fermée avec des incidences néfastes sur la situation socio-économique à Bujumbura et Uvira.
Les combats se poursuivent aussi au Nord-Kivu
La province du Nord-Kivu a concentré la majorité des affrontements (52 sur 113 documentés sur cette période), particulièrement sur le territoire de Rutshuru (24 affrontements). Durant la période sous analyse, au moins 52 personnes ont été tuées dans le sud de la province du Nord-Kivu. Le 6 janvier, au village de Rushaki, des combattants du M23 appuyés par des éléments des Rwanda Defence Force (RDF) ont attaqué des éléments de la Coalition des mouvements pour le changement du Congo (CMC/FAPC). Après trois heures d’intenses affrontements, les combattants CMC/FAPC se sont retirés dans les profondeurs du Parc national de Virunga (PNVi). Durant l’opération de ratissage qui s’en est suivie, huit civils accusés d’être des collaborateurs CMC/FAPC ont été tués par les combattants AFC/M23 et les militaires des RDF.
Au village de Kirumba, en territoire de Rutshuru, dans la chefferie de Bwito située dans la zone sous contrôle de l’AFC/M23 depuis plus d’une année, des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont fait incursion le 8 janvier. Ils ont ciblé le domicile du chef de village désigné par la rébellion et l’ont tué avant de quitter le village. Ce dernier avait été nommé, notamment, pour faciliter la traque des FDLR dans la zone.
Intensification des offensives aériennes
Le 2 janvier, les FARDC ont ciblé par drone les combattants du M23 au village de Masisi en territoire du même nom. Cette attaque a fait un bilan de sept civils tués et de 40 blessés. Elle a aussi touché les installations de War Child, une organisation humanitaire internationale qui soutient les enfants et les familles affectés par le conflit armé.
Au quartier Kalundu, en ville d'Uvira le 14 janvier, une autre frappe aérienne par drone kamikaze des FARDC a ciblé et détruit un hôtel dans lequel se tenait une réunion du M23. Le bilan pourrait être de plusieurs dizaines de victimes parmi les civils, les combattants et les cadres du M23.
Sur le territoire de Walikale, les FARDC ont opéré des frappes aériennes qui ont détruit les positions de l’AFC/M23 à Buleusa le 22 janvier. Le lendemain, d’autres frappes aériennes ont ciblé et détruit les bases logistiques de la rébellion dans les villages de Mpeti et Mindjendje situés à 18 kilomètres de Pinga.
Dans la nuit du 31 janvier au 1er février, alors que les négociations entre l’AFC/M23 et le gouvernement congolais reprenaient timidement dans le cadre du processus de Doha, l'aéroport international de Bangboka, dans la ville de Kisangani, a été la cible d’une attaque par drones kamikaze. Aucun de ces engins n’aurait fait de dégâts sur les installations des FARDC et leurs alliés, selon des sources sécuritaires. Ces attaques revendiquées par la rébellion de l’AFC/M23, visaient, selon les rebelles, le centre de commandement des drones de l'armée congolaise. Le modèle de drone utilisé (YIHA-III) suggère qu’ils n’ont pu être lancés qu’à moins de 300 km de l’aéroport, soit hors de la zone contrôlée par l’AFC/M23.


En complément, la carte élargie des zones situées à 300 km ou moins de l’aéroport de Kisangani.

À propos
Le Baromètre sécuritaire du Kivu est un projet d'Ebuteli qui documente et cartographie les incidents de violence dans l'est du Congo depuis 2017.
Ce rapport a été réalisé grâce au financement du Département fédéral Suisse des affaires étrangères (DFAE) et de la Bridgeway Foundation. Son contenu relève de la seule responsabilité d’Ebuteli. Il ne reflète pas nécessairement les opinions de la Suisse et de la Bridgeway Foundation.
Survivre et tuer : l’irruption des ADF dans les territoires d’Irumu, Mambasa et Lubero
Aujourd’hui, Ebuteli publie son rapport Survivre et tuer : l’irruption des ADF dans les territoires d’Irumu, Mambassa et Lubero. Cette étude analyse la recomposition stratégique et territoriale des Forces démocratiques alliées (ADF), dans l’est de la RDC et les impacts des différentes opérations militaires sur leur position.
Pendant près de trois décennies, le territoire de Beni a été l’ancrage historique des ADF, une rébellion islamique d’origine ougandaise. Toutefois, à la suite des opérations de « grande envergure », et surtout depuis l’opération conjointe Shujaa lancée en 2021 avec l’armée ougandaise (UPDF), les ADF ont été contraintes de quitter leurs zones d’influence historique. Elles se sont alors redéployées vers l’Ituri et le nord du Nord-Kivu, notamment dans les territoires d’Irumu, de Mambasa et de Lubero.
Les mouvements des ADF et l’intensification des massacres de civils sont historiquement liés aux offensives militaires dirigées contre elles. Dans le cadre de l’opération Shujaa, l’armée ougandaise a attaqué plusieurs camps des ADF, sans toutefois neutraliser ses principaux chefs. En réaction, les ADF se sont adaptées à ce mode opératoire en se déplaçant par petits groupes moins repérables. Elles ont trouvé de nouveaux lieux de refuge et de nouvelles occasions de massacrer les civils sans défense.
La faible coordination entre les FARDC et les UPDF, combinée au redéploiement des FARDC vers d’autres fronts – notamment contre la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) – a limité la capacité de l’État congolais à contenir efficacement les ADF. Cette dispersion des forces crée des vides sécuritaires dont les ADF tirent profit.
Notre analyse souligne également que, contrairement à Beni, les ADF ont eu plus de difficulté à exploiter des conflits communautaires dans ces nouvelles zones. L’ancrage territorial et communautaire nécessite un temps long que les ADF n’ont pas eu, étant donné qu’ils sont arrivés en fuyant des opérations, sans chercher à se sédentariser immédiatement pour éviter que leurs installations permanentes ne soient prises pour cible.
Deuxièmement, les ADF sont arrivées en Ituri avec la réputation « d'être tueurs de Beni », ce qui a fortement limité leur acceptation par les communautés locales.
Notre rapport souligne que le gouvernement congolais, en particulier, devrait s’engager beaucoup plus sérieusement à investir les ressources nécessaires pour mener des opérations militaires ciblées, démanteler les groupes armés et donner aux responsables administratifs locaux et aux groupes de la société civile le pouvoir et les moyens nécessaires pour promouvoir la réconciliation communautaire.
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- Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli - Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli - Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli





