Lancement de Landila, le premier baromètre de suivi des engagements du gouvernement congolais
Le gouvernement tient-il ses engagements ? Quelles priorités s’est-il fixées dans des secteurs aussi essentiels que la santé, la justice, les mines ou la sécurité ? Où en est leur mise en œuvre ? Depuis 2021, Ebuteli documente l’action de l’exécutif à travers le volet « suivi de l’exécutif » sur Talatala. Entre 2021 et 2023, ce travail a permis de suivre 68 engagements du gouvernement dans les domaines de la justice, de la lutte contre la corruption, de la sécurité et de la gouvernance électorale.
Fort de cette expérience, Ebuteli franchit aujourd’hui une nouvelle étape avec le lancement de Landila, « suivre », en kikongo, premier baromètre citoyen entièrement consacré au suivi de l’action du gouvernement en République démocratique du Congo (RDC).
Complémentaire à Talalata, qui suit le travail parlementaire, Landila suit de manière transparente l’état d’avancement des engagements pris par l’exécutif congolais. Dans sa phase initiale, ce nouvel outil civic tech d’Ebuteli couvre des engagements répartis dans six ministères clés : Mines, Économie nationale, Genre, Famille et Enfant, Justice, Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières ainsi que la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale. Les engagements suivis sont identifiés dans le Programme d’action du gouvernement et des déclarations publiques.
À travers le lancement de Landila, Ebuteli met à la disposition des citoyens, des parlementaires, des chercheurs, des organisations de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers, des données fiables et régulièrement mises à jour pour un suivi efficace des engagements du gouvernement. L’objectif est de renforcer la transparence, la redevabilité et de nourrir un débat public éclairé autour de l’action du gouvernement.
Le baromètre citoyen est disponible sur https://landila.ebuteli.org/
Près de 60 % des Congolais pensent que le pays va dans la mauvaise direction, mais épargnent leurs dirigeants

1. Tendances générales
À première vue, le diagnostic des Congolais est sévère. Près de six répondants sur dix estiment que le pays va dans la mauvaise direction. Cette proportion est passée de 49 % en avril 2024 à 61 % en décembre de la même année, avant de reculer légèrement à 58 % en mars 2026. 
Ce pessimisme ne se traduit toutefois pas par un rejet des dirigeants du pays. Ainsi, 86 % des répondants déclarent avoir une « très bonne opinion » (52 %) ou une « assez bonne opinion » (34 %) du président Félix Tshisekedi. Ce résultat est bien supérieur à ceux enregistrés par les principales figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu (47 %) et Moïse Katumbi (46 %). Il constitue également le niveau le plus élevé observé dans nos enquêtes d’opinion depuis 2019. Après avoir atteint un point bas entre 2021 et 2023[1], où les opinions favorables oscillaient entre 29 % et 40 %, la cote du chef de l’État a fortement rebondi après les élections de 2023.

Comment expliquer cela ? En 2023, à l’approche des élections, Ebuteli avait déjà observé un phénomène similaire : alors qu’une partie croissante des Congolais se montrait critique envers la manière dont le pays était gouverné, une nette majorité continuait d’exprimer sa préférence pour le président sortant, Félix Tshisekedi.
À l’époque, nous avions notamment souligné l’efficacité d’une campagne largement structurée autour des thèmes du nationalisme, de la souveraineté et de la menace rwandaise, dans un contexte où l’opposition peinait à imposer un récit alternatif. Les données actuelles ne permettent pas de déterminer dans quelle mesure ces facteurs continuent d’influencer l’opinion publique. Elles suggèrent toutefois que de nombreux répondants distinguent les dirigeants des institutions qu’ils incarnent, ce qui tend à préserver l’image des premiers et à les déresponsabiliser alors même que les seconds font l’objet d’évaluations beaucoup plus sévères.

Sur les questions relatives aux libertés civiles, un fossé important s’est également creusé entre, d’une part, les provinces où l’opposition bénéficie d’un fort soutien et celles où l’armée est déployée, et, d’autre part, le reste du pays.
Au Maniema, province d’origine de l’ancien Premier ministre Matata Ponyo et d’Emmanuel Ramazani Shadary, rival de Tshisekedi lors des élections de 2018, 70 % des personnes interrogées se disent préoccupées par la répression de l’opposition. Dans les provinces du Kasaï-Central et du Kasaï-Oriental, cette proportion tombe à 50 %. Des disparités similaires ont été observées concernant les questions relatives à la liberté d'expression et à la liberté de réunion.
Cette préoccupation apparaît également lorsqu’on interroge les répondants sur les récentes arrestations de membres de l’opposition, de journalistes et de militaires par le Conseil national de cyberdéfense (CNC). Au total, 58 % des personnes interrogées se déclarent très préoccupées (34 %) ou assez préoccupées (24 %) par ces arrestations, contre 33 % qui se disent peu ou pas du tout préoccupées. Ce résultat suggère que les restrictions perçues des libertés publiques suscitent des inquiétudes au-delà des seuls bastions traditionnels de l’opposition.

2. Situation politique
L’un des principaux enseignements politiques du sondage est que les Congolais continuent de privilégier la démocratie comme mode d’organisation du pouvoir. En revanche, ils se montrent plus réservés sur la manière dont elle fonctionne et sur les résultats qu’elle produit.
a. La démocratie toujours populaire chez les Congolais
La démocratie reste le régime préféré de 57 % des répondants, loin devant toute alternative autoritaire ou militaire (26 %), même si cette proportion est en recul par rapport à 2022, lorsque 77 % des répondants exprimaient une préférence pour la démocratie. Par ailleurs, une large majorité des répondants déclarent se sentir libres ou assez libres d’exprimer leurs opinions politiques (78 %) et de participer à une manifestation publique (66 %).
Ce soutien au principe démocratique contraste toutefois avec le regard plus critique porté sur le fonctionnement des institutions. Près de la moitié des répondants (45 %) ne pensent pas que les élections initialement prévues avant fin 2028 auront lieu dans les délais. Ce résultat laisse transparaître un doute sur la capacité des institutions à respecter leurs propres échéances. Les retards observés dans la mise en œuvre de la feuille de route de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), publiée en avril 2025[3], peuvent contribuer à alimenter cette perception.
b. Des institutions fragilisées, des dirigeants mieux préservés
La méfiance n’affecte pas toutes les institutions de la même manière. Le gouvernement est perçu comme l’institution la plus corrompue du pays par 22 % des répondants, devant le pouvoir judiciaire (18 %) et l’Assemblée nationale (16 %).

La crise de confiance mise en évidence par le sondage semble ainsi viser d’abord les institutions elles-mêmes : leur fonctionnement, leur réputation ou leur capacité à produire des résultats. Les dirigeants, quant à eux, paraissent davantage jugés sur leur trajectoire personnelle ou leur image publique.
Les deux évaluations coexistent sans se confondre : les Congolais critiquent sévèrement plusieurs institutions tout en préservant, dans une certaine mesure, leur jugement sur des responsables qui les incarnent.
Le contraste est particulièrement visible lorsqu’on observe les préférences politiques. Félix Tshisekedi est cité comme personnalité politique préférée par 35 % des répondants. Derrière lui, les préférences se dispersent entre une multitude de figures politiques : Moïse Katumbi recueille 5 %, Martin Fayulu 4 % et Joseph Kabila 3 %. Autrement dit, les personnalités politiques continuent de susciter davantage d'adhésion que les organisations censées les porter.

La Première ministre Judith Suminwa bénéficie d’une opinion favorable auprès de 69 % des personnes interrogées, malgré l’impopularité du gouvernement. L’Assemblée nationale inspire confiance à seulement 43 % des répondants, tandis que son président, Aimé Boji, recueille 56 % d’opinions favorables. Le même décalage s’observe au Sénat : Sama Lukonde bénéficie de 60 % d’opinions favorables, alors que seuls 45 % des répondants déclarent faire confiance à l’institution qu’il dirige.

c. Les médias, l’armée et les confessions religieuses parmi les institutions avec un niveau de confiance plus élevé
La défiance envers les institutions ne se traduit pas par une disparition générale de la confiance. Elle se redistribue. Les acteurs les mieux notés ne sont ni le gouvernement ni le Parlement. Les médias arrivent en tête avec 76 % d’opinions favorables, suivis des FARDC (75 %), des confessions religieuses (72 %) et de la société civile (67 %). Le gouvernement (55 %), la justice (50 %) et la police (50 %), ainsi que les gouvernements et assemblées provinciaux obtiennent des résultats nettement inférieurs.

La première place occupée par les médias mérite d’être soulignée. Ils apparaissent comme l’institution la plus crédible du pays. Ce résultat intervient pourtant dans un contexte marqué par diverses pressions sur l’information. Dans un récent rapport consacré aux Grands-Lacs[4], Reporters sans frontières (RSF) décrit un environnement de plus en plus difficile pour les journalistes congolais : arrestations, menaces, suspensions de médias et restrictions liées à la couverture de la guerre dans l’Est. Malgré ces contraintes, les médias continuent de bénéficier d’un niveau de confiance supérieur à celui des institutions politiques.
Le résultat concernant les FARDC est tout aussi remarquable. Avec 75 % d’opinions favorables, l’armée figure parmi les institutions les plus appréciées du pays alors même que plusieurs localités et villes de l’Est, dont Goma et Bukavu, échappent toujours au contrôle de Kinshasa. Les revers militaires ne semblent donc pas avoir entamé la confiance accordée à l’institution. Cette confiance peut notamment refléter la forte mobilisation patriotique suscitée par le conflit dans l’est du pays et aussi la difficulté de critiquer l’armée publiquement.
Les confessions religieuses et les organisations de la société civile complètent ce groupe d’acteurs bénéficiant d’un fort niveau de confiance.
Dans un contexte marqué par la défiance à l’égard des institutions politiques et des partis, elles continuent d’occuper une place particulière dans l’espace public. Une tendance se dégage : les institutions qui gouvernent ou représentent les citoyens figurent parmi les plus contestées, tandis que celles qui informent, encadrent ou accompagnent la population bénéficient d’un crédit plus important.
d. Six Congolais sur dix ne font pas confiance aux partis politiques
S’il est une institution qui se distingue nettement dans le sondage, ce sont les partis politiques. Six Congolais sur dix déclarent ne pas leur faire confiance, dont 41 % qui leur refusent toute confiance. Aucun autre acteur institutionnel ne suscite un tel niveau de défiance.

Les résultats relatifs à l’engagement politique des jeunes éclairent ce constat. Près de 60 % des répondants estiment que les jeunes rejoignent les partis avant tout dans l’espoir d’obtenir un emploi ou d’améliorer leur situation économique. Seuls 15 % évoquent une adhésion fondée sur des convictions idéologiques. Les ligues de jeunes ne sont guère mieux perçues : 40 % des répondants les considèrent comme manipulées ou violentes et 32 % comme de simples relais des élites politiques.
Cette défiance pourrait expliquer les réactions suscitées par la suspension des activités de plusieurs formations proches du mouvement « Sauvons le Congo », dont le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Près d’un répondant sur deux (49 %) juge ces mesures justifiées ; 27 % y voient une atteinte au pluralisme politique.
Ces résultats ne renseignent pas seulement sur l’image des partis politiques, ils interrogent leur capacité à remplir leur fonction de représentation et d’éducation civique. Alors que les médias, les confessions religieuses ou encore la société civile conservent un niveau de confiance relativement élevé, les partis apparaissent comme le maillon faible du système politique.
3. Situation économique du pays
Les données traduisent une perception négative de la situation économique du pays. Cette appréciation renvoie aux conditions de vie des ménages, notamment au pouvoir d’achat, à l’emploi et à la pauvreté. Lorsqu’on leur demande d’évaluer la situation économique actuelle de la RDC, plus de la moitié des répondants (52 %) la jugent « mauvaise » ou « très mauvaise ». À l’inverse, seuls 14 % la considèrent comme « bonne » ou « très bonne ».
Les autres indicateurs confirment ce malaise. Le constat est plus marqué concernant le chômage et la pauvreté. Dans les deux cas, une large majorité estime que la situation s’est détériorée dans son quartier ou sa commune. Ainsi, 70 % des répondants considèrent que la pauvreté « a augmenté », tandis que 71 % déclarent que le chômage « a progressé »
L’insécurité dans certaines zones pèse sur les activités économiques, l’accès aux marchés et l’approvisionnement des populations. Les données publiées par la Cellule d’analyse des indicateurs de développement (CAID)[5] en avril signalent également des hausses importantes des prix de plusieurs produits alimentaires de base. Les prix du riz, du maïs, de l’huile végétale ou encore de la farine de manioc ont notamment augmenté dans des territoires et villes comme Dugu, Kutu, Libenge et Lubumbashi.


Cette évolution sur les prix aide à comprendre les perceptions exprimées dans le sondage, surtout sur le pouvoir d’achat.
Alors qu’au niveau national, 42 % des répondants déclarent une baisse de leur pouvoir d’achat, cette proportion atteint 59 % au Nord-Kivu, 51 % au Sud-Ubangi et 49 % en Ituri. Ces écarts suggèrent que les perceptions économiques les plus négatives sont aussi plus fréquentes dans les zones confrontées à l’insécurité, aux tensions sur les prix ou aux perturbations des marchés.
a. Corruption et confiance dans les institutions
La perception de l’évolution de la corruption demeure largement négative. Près de la moitié des répondants (46 %) estiment que le niveau de corruption a augmenté au cours des 12 derniers mois. À l’inverse, 29 % considèrent qu’il a diminué, tandis que 18 % pensent qu’il a ni augmenté ni diminué.

La comparaison avec les résultats de notre sondage de 2024 [6]montre toutefois une certaine stabilité dans cette perception. En 2024, 47 % des répondants estimaient que le niveau de corruption avait augmenté.
Par ailleurs, lorsqu’il s’agit d’évaluer les institutions les plus efficaces dans la lutte contre la corruption, c’est l’appareil judiciaire qui arrive en tête, avec 31 % des réponses, devant l’Inspection générale des finances (IGF), citée par 20 % des répondants, et l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), citée par 18 %.

b. Politiques sociales et accès aux services de base
Une majorité relative des répondants (54 %) estime que la gratuité de l’enseignement fonctionne bien. Toutefois, 45 % expriment une opinion contraire. Ce résultat traduit les débats persistants autour de cette réforme. L’augmentation des effectifs scolaires n’a pas toujours été accompagnée d’une amélioration équivalente des infrastructures, des équipements ou des conditions de travail du personnel enseignant. Dans plusieurs établissements, les contributions des parents continuent par ailleurs de jouer un rôle important dans le fonctionnement quotidien des écoles.

Les opinions sont un peu différentes en ce qui concerne la gratuité de la maternité. La moitié des répondants considèrent qu’elle ne fonctionne pas bien, contre 45 % qui en ont une appréciation positive. Les contraintes financières ou budgétaires limitent la portée de cette politique publique et la qualité des prestations. Les maternités sont ainsi confrontées aux ruptures de stocks de médicaments ; les factures de certaines formations sanitaires ne sont pas honorées pendant plusieurs mois. La taxe de promotion de la santé (2 % des importations) continue de soulever des controverses.
c. Environnement, hydrocarbures, mines
L’exploitation du pétrole fait l’objet d’un large consensus parmi les répondants. Plus de 74 % des Congolais interrogés estiment que le pays devrait exploiter ses ressources pétrolières, y compris dans les aires protégées. Une tendance similaire apparaît concernant la relance de l’appel d’offres sur les blocs pétroliers, lancé en 2022 avant d’être prolongé à plusieurs reprises puis finalement annulé.

Cette adhésion contraste avec les difficultés structurelles du secteur pétrolier documentés par Ebuteli en 2025[7], notamment les faiblesses de gouvernance, le manque de transparence, la faible capacité de régulation de l’État et les risques environnementaux.
Malgré ces défis, le soutien à l’exploitation pétrolière demeure élevé, y compris dans le Kongo-Central, seule province où le pétrole est actuellement exploité. Dans cette province, 75 % des répondants se déclarent favorables à l’exploitation du pétrole partout où il se trouve, même dans les aires protégées.
Ce résultat ne signifie pas pour autant que les préoccupations environnementales sont absentes. Au contraire, 70 % estiment que la protection de l’environnement constitue une priorité pour les autorités congolaises, et près de 80 % pensent que l’usage des sacs et bouteilles en plastique devrait être interdit.
4. Situation sécuritaire du pays
La violence s’est intensifiée dans l’est de la RDC ces dernières années. Début 2025, la rébellion de l’AFC/M23 a réussi à prendre le contrôle de Goma et Bukavu, et demeure présente dans de vastes zones des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Parallèlement, les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé islamiste d’origine ougandaise, a récemment intensifié ses attaques contre les civils, tuant au moins 496 personnes cette année[8].
Face à l’AFC/M23, le gouvernement congolais n’est pas parvenu à inverser durablement le rapport de force militaire malgré un recours accru aux frappes de drones. Sur le plan diplomatique, le gouvernement américain occupe une position particulière : il joue à la fois un rôle de facilitateur dans les négociations et de principal promoteur des sanctions visant les responsables rwandais impliqués dans le conflit.
Pourtant, le processus de paix a produit peu d’avancées concrètes. Malgré la multiplication des accords et des cessez-le-feu, l’armée rwandaise reste largement déployée dans l’est de la RDC. Dans le même temps, le gouvernement congolais continue de mettre l’accent sur l’option militaire, alors que les contours d’un règlement durable du conflit restent incertains.
C’est dans ce contexte que s’inscrivent les questions relatives à la sécurité posées dans l’enquête. Les personnes interrogées ont donné des réponses tout aussi ambivalentes que lors des enquêtes précédentes menées par Ebuteli.
Trente-neuf pour cent des personnes interrogées jugent « bonne » ou « excellente » la gestion de la crise sécuritaire par le gouvernement, soit une baisse de sept [9] points par rapport à la même question posée deux ans plus tôt. À l’inverse, 30 % l’estiment « mauvaise » ou « très mauvaise », tandis que 27 % la qualifient de « moyenne ».

Dans le même temps, 70 % des répondants privilégient des approches non militaires pour faire face à la crise. Parmi eux, 37 % citent le dialogue national, 18 % les négociations directes avec l’AFC/M23 et le Rwanda, et 15 % le recours à des pressions diplomatiques. À l’inverse, seuls 27 % estiment que le gouvernement devrait poursuivre l’option militaire. Cette évolution contraste avec les résultats d’une enquête similaire réalisée en 2024, où une majorité de répondants (52 %) rejetait encore l’idée de négocier avec le M23 et le Rwanda.

Par ailleurs, seuls 36 % des répondants estiment justifié de consacrer 30 % du budget national aux dépenses de sécurité. Pris ensemble, ces résultats suggèrent une forme d’usure à l’égard de la guerre et un intérêt croissant pour les solutions négociées. Cette tendance est toutefois moins marquée au Nord-Kivu et en Ituri, où les répondants demeurent plus favorables à l’option militaire.

Cette évolution ne se traduit pas pour autant par une perte de confiance envers les FARDC. Malgré les difficultés rencontrées sur le terrain, 75 % des répondants déclarent leur faire « beaucoup » ou « assez » confiance.

Ce qui est peut-être encore plus frappant, c’est le soutien apporté aux Wazalendo, des milices locales de l’est de la RDC qui ont reçu l’appui du gouvernement, mais qui ont également été accusées d’avoir commis plusieurs exactions contre des civils lorsque les FARDC reprenaient la ville d’Uvira, le 18 janvier[10]. Au total, 62 % des personnes interrogées se déclarent favorables à ce qu’on leur fournisse des armes pour résoudre la crise. Ce chiffre marque une nette progression par rapport aux 45 % enregistrés en avril 2024.

À l’inverse, l’opinion publique demeure largement critique à l’égard de la présence des troupes ougandaises dans le cadre des opérations conjointes Shujaa. Déjà majoritaire en 2021 (55 %) puis en 2022 (48 %), cette méfiance atteint désormais 60 % au niveau national et 67 % en Ituri, province où ces forces sont principalement déployées.

a. La communauté internationale
Les répondants se montrent relativement optimistes quant au rôle que pourraient jouer les États-Unis dans la recherche d’une solution. Au total, 64 % estiment que Washington peut contribuer à résoudre la crise. Une majorité (56 %) considère même que la RDC devrait accorder la priorité aux entreprises américaines dans l’exploitation de ses ressources stratégiques si les États-Unis obtenaient le retrait des troupes rwandaises.
L’implication remarquée des États-Unis dans les efforts diplomatiques pourrait contribuer à expliquer cette perception favorable. Au total, 33 % des répondants déclarent avoir une « très bonne opinion » des États-Unis et 39 % une « bonne opinion », soit 72 % d’opinions favorables.
Ce niveau rapproche l’image des États-Unis de celle observée entre 2016 et 2019. À l’inverse, la pandémie de Covid-19 puis la crise du M23 avaient contribué à une dégradation de l’image des partenaires occidentaux. En 2023, seuls 35 % des répondants exprimaient une opinion favorable à l’égard des États-Unis, tandis que la Chine et la Russie occupaient les premières places.


Aujourd’hui, les répondants ont une opinion favorable de plusieurs partenaires étrangers : les États-Unis (72 %), la Chine (70 %), l’Angola (69 %), l’Afrique du Sud (69 %), la Russie (65 %), la Belgique (64 %), le Qatar (61 %), la France (60 %), le Togo (60 %) et le Burundi (60 %). Sans surprise, l’Ouganda (44 %) et surtout le Rwanda (11 %) occupent les dernières positions.

Par rapport aux années précédentes, l’image des Nations unies semble également s’être améliorée. En janvier 2023, seuls 23 % des répondants avaient une opinion favorable de la Monusco et près de deux tiers souhaitaient son départ. Bien que l’enquête n’ait pas comporté de question spécifique sur la mission onusienne, 65 % des répondants déclarent aujourd’hui avoir une opinion favorable des Nations unies.
Les raisons de cette évolution demeurent difficiles à établir. Elle pourrait toutefois refléter une diversification des attentes des Congolais, qui semblent désormais se tourner davantage vers une pluralité d’acteurs internationaux, mais aussi vers leur propre gouvernement, pour contribuer à la résolution du conflit.
b. Le scepticisme des femmes à l’égard des options militaires
Sur la plupart des questions, les écarts entre hommes et femmes demeurent limités. Ils deviennent toutefois plus marqués lorsqu’il est question de la gestion du conflit dans l’Est. Les femmes se montrent nettement moins favorables aux options militaires. Par exemple, à la question « Que devrait faire le gouvernement pour mieux gérer la crise du M23 ? », 33 % des hommes se déclarent favorables à la poursuite de la guerre, contre 20 % des femmes. De même, 67 % des hommes soutiennent la fourniture d’armes aux Wazalendo, contre 56 % des femmes.

Pour en savoir plus sur la méthodologie[11]
Remerciements
Cette note est le fruit d’un travail collectif mené au sein d’Ebuteli. Outre les chercheurs des différents piliers de recherche, elle a également bénéficié des contributions d’Olivia Kayumba, Clarisse Ngalula et Michel Nonga, fellows de la cinquième cohorte d’Ebuteli Fellowship.
À propos
GeoPoll, fondée en 2005, Mobile Accord, Inc. (MAI), est une société de recherche à service complet spécialisée dans les enquêtes mobiles. Les produits et services de GeoPoll permettent aux organisations non gouvernementales (ONG), aux entreprises sociales, aux entreprises du secteur privé, aux organisations internationales et aux clients commerciaux de tirer parti de la puissance de la technologie mobile.
Ebuteli est l’institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, basé à Kinshasa et à Goma. Notre bureau de Goma est momentanément fermé.
Site web : https://ebuteli.org
X (ex-Twitter) : @ebuteli
L’identification de la population peut-elle redevenir un levier du « glissement » ?
L’identification de la population reste un sujet politique sensible en République démocratique du Congo (RDC). Aujourd’hui, Ebuteli publie une nouvelle note de sa série sur les réformes institutionnelles, intitulée L’identification de la population peut-elle redevenir un levier du « glissement » en RDC ?
Cette étude analyse les enjeux techniques, financiers , institutionnels et politiques liés à l’identification de la population, au recensement général de la population et la préparation des élections de 2028.
Comment identifier, recenser et enrôler sans faire glisser le calendrier électoral ? Depuis 2006, les processus électoraux en RDC reposent sur des fichiers électoraux constitués par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). L’idée d’extraire le fichier électoral du fichier général de la population remonte en 2014, avec la mise en place des animateurs de l’Office national d’identification de la population (Onip).
À une année des élections prévues en 2016, le premier projet de recensement avait toutefois été abandonné après de fortes mobilisations populaires. L’opposition et des organisations de la société civile soupçonnaient alors le pouvoir d’utiliser le recensement comme un levier de « glissement » pour prolonger le mandat du président Joseph Kabila. Depuis, les débats autour de l’identification de la population et du calendrier électoral restent marqués par une forte méfiance politique.
Aujourd’hui, alors que la guerre dans l’Est, les discussions autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle et les déclarations du président Félix Tshisekedi sur l’impossibilité d’organiser des élections dans un territoire partiellement occupé nourrissent les interrogations autour de 2028, la question de l’identification revient progressivement au centre du débat public.
À ce stade, l’identification de la population n’est pas officiellement présentée comme une condition préalable à l’organisation des élections de 2028. Mais l’étude met en évidence plusieurs ambiguïtés autour de la mutualisation entre la Ceni, l’Onip et l’Institut national des statistiques (INS), ainsi que des tensions autour du futur fichier électoral.
La note revient également sur les difficultés administratives liées à l’identification de la population : centralisation et actualisation des données démographiques, faibles capacités des services étatiques, manque d’infrastructures et difficultés de coordination entre les institutions concernées.
Enfin, l’étude aborde les enjeux financiers et les risques de corruption liés aux marchés publics de l’identification biométrique et de l’enrôlement des électeurs, alors que le coût élevé de ces opérations soulève de nouvelles interrogations sur leur faisabilité et leur financement.
Les ADF mènent une incursion dans Mambasa-centre
Résumé
Le Baromètre sécuritaire du Kivu (Kivu Security Tracker – KST) a documenté 231 incidents sécuritaires dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu au cours du mois d’avril.
Le nombre de victimes est en légère baisse par rapport à la moyenne observée dans la zone depuis octobre 2025. Après le pic considérable des enlèvements au mois de mars, principalement imputable aux Forces démocratiques alliées (ADF) dans le territoire de Mambasa, ce chiffre est revenu à un niveau proche de la moyenne constatée au cours des derniers mois. L'activisme des ADF perdure malgré les opérations Shujaa et il demeure le groupe le plus meurtrier pour les civils dans la zone pour ce mois. Les ADF ont mené, pour la première fois, une attaque dans la cité de Mambasa et continuent de rançonner les civils en prélevant notamment des taxes illégales sur l’enregistrement des paysans et l'exploitation agricole.
Au moins 107 affrontements ont été recensés : 73 d'entre eux sont liés à la crise du Mouvement du 23 mars (M23) au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où les combats et les attaques de drones se sont poursuivis en dépit de la réunion de Montreux, en Suisse, dans le cadre du processus de Doha. Vingt-et-un autres accrochages ont été signalés en Ituri, principalement dans le territoire de Djugu, impliquant la Convention pour la révolution populaire (CRP).
Ce groupe, qui continue de bénéficier du soutien tacite de l’Ouganda, a attaqué à plusieurs reprises les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Ses actions ont servi de prétexte à la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco), qui est intervenue en soutien aux FARDC et a commis des exactions contre les civils.

La cité de Mambasa subit sa première incursion des ADF
Les opérations militaires Shujaa ne sont pas parvenues à endiguer les tueries perpétrées par les combattants des ADF sur les territoires de Beni, Mambasa, Lubero et d’Irumu.
Le 1er avril, au village Bafwakoa, en chefferie Bandaka dans le territoire de Mambasa, les ADF ont tué 43 civils, dont six femmes, lors d’une incursion. Ils ont enlevé plusieurs autres civils et incendié un camion benne, cinq motos et une dizaine de maisons avant de se retirer.
Une étape inquiétante a été franchie dans la nuit du 5 au 6 avril avec la toute première attaque des rebelles ADF dans le centre de la cité de Mambasa. Après avoir dérobé des marchandises et des produits pharmaceutiques, les combattants ont enlevé sept civils pour les utiliser comme porteurs. Par leur présence persistante dans cette zone, les ADF maintiennent aujourd'hui un climat d'insécurité et constituent une menace directe pour cette agglomération.
Le 9 avril, lors d’une incursion au village Makoko, à 18 kilomètres de Mambasa-centre, en groupement Bapwele, chefferie des Babila-Bakwanza dans le territoire de Mambasa, les combattants ADF ont enlevé 27 personnes. Parmi ces otages, cinq ont réussi à s’échapper de leur captivité le 10 avril.
Le 11 avril, une nouvelle attaque attribuée aux combattants ADF a frappé le village de Belu, situé à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Tchabi-centre, en groupement Baley, secteur Bayali-Tchabi dans le territoire d’Irumu. Les assaillants ont abattu deux hommes et réduit en cendres six habitations. Cette incursion meurtrière a par ailleurs exacerbé les tensions intercommunautaires, des membres des communautés locales accusant la communauté Banyabwisha, originaire de la province du Nord-Kivu, de complicité avec les ADF.
À la mi-avril 2026, la coalition FARDC et les Force de défense du peuple ougandais (UPDF) a intensifié ses frappes d'artillerie contre les positions des ADF, permettant de secourir de nombreux civils.
Le 15 avril, en groupement Bakwanza, chefferie des Babila-Bakwanza dans le territoire de Mambasa vers 11 heures, un pilonnage de campements rebelles dans la forêt de Tolitoli a favorisé l'évasion de 42 otages, qui ont ensuite été acheminés au camp des UPDF à Lolwa.
Dès le lendemain vers 10 heures, un nouveau bombardement visant un bastion ADF à Bandibwame, sur les rives de la rivière Epulu, a abouti à la libération de 54 autres otages, dont 23 femmes. Enfin, le 18 avril à Mandondondo en chefferie des Babila Bakwanza, la coalition a détruit une pirogue que les rebelles utilisaient pour tenter de traverser la rivière Ituri, forçant les combattants et leurs otages à se disperser dans la forêt environnante.
Les ADF, qui sont restés le groupe le plus meurtrier de l’est de la RDC en avril, continuent de sévir en prélevant illégalement des taxes auprès des agriculteurs. Le 23 avril, le groupe a convoqué les habitants des villages de Ndioka, Sita Rudi, Leta, Credit et Matolo (chefferie des Babila Bakwanza) à des réunions afin de leur imposer le paiement de nouvelles taxes et redevances agricoles pour l’année 2026. Les rebelles ont fixé ces prélèvements à 30 000 francs congolais (environ 13 dollars américains) par personne pour les frais d'enregistrement, auxquels s'ajoutent 50 dollars américains pour le droit d'exploiter les champs. Cette extorsion a eu des conséquences tragiques : le 30 avril, un civil a été abattu à Ndioka en représailles pour son refus de payer.
Enfin, les ADF ont élargi leur zone d’influence au territoire de Watsa, dans la province de Haut-Uele.
Processus de Doha : poursuite des affrontements malgré l'ouverture du neuvième round de négociations à Montreux
En dépit de la tenue de discussions entre les délégations du gouvernement congolais et du M23 en Suisse au cours du mois d'avril, plusieurs affrontements ont opposé la coalition autour du M23 à celle qui soutient les FARDC, au cours desquels plusieurs civils ont perdu la vie.
Les 6 et 8 avril au village de Kahumiro, en groupement Mutanda, secteur Bwito dans le territoire de Rutshuru, des combattants du M23 ont attaqué les positions de la coalition Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR ) et Collectif des mouvements pour le changement (CMC). Selon les sources locales, le bilan du premier jour a fait état de dix agriculteurs de Kibingu tués par le M23, dont six femmes et trois enfants. L’affrontement du 8 avril s’est soldé par la mort de huit combattants du M23 ainsi que et deux blessés dans leurs rangs, et de trois morts du côté de la coalition Collectif des mouvements pour le changement / Forces d’autodéfense du peuple Congolais (CMC/FAPC) et FDLR.
Les 21 et 22 avril, le M23 a de nouveau attaqué la coalition FDLR-CMC/Forces de défense du peuple (FDP) au village de Runzenze, dans le secteur de Bwito, dans le territoire de Rutshuru. Le premier jour, la coalition FDLR a tué cinq combattants dans les rangs du M23. Le lendemain, les FDLR ont tué quatre autres combattants du M23 et en ont blessé six. Ces derniers ont d'abord été évacués à Tongo pour recevoir des premiers soins, avant d'être transférés à Rutshuru où ils sont pris en charge.
L’intensification des affrontements, y compris par frappes de drones, a particulièrement été observée dans la province du Sud-Kivu notamment dans les hauts plateaux de Fizi, Uvira et Mwenga. Le 3 avril, les FARDC, appuyés par les Wazalendo, ont attaqué les positions du M23 et de ses alliés au village de Muranvya, en groupement Bijombo dans le territoire d'Uvira. Cette attaque a fait six morts dans les rangs du M23.
Le 11 avril, le M23 et les Forces de défense rwandaises (RDF) ont ciblé, à l’aide des drones, une position des FARDC dans ce même village. Cette attaque a fait au moins 30 morts et neuf blessés dans les rangs des FARDC.
Le 10 avril, le M23 et les RDF avaient déjà ciblé par drones une position des FARDC au village de Membo, en secteur Bavira dans le groupement Kitundu, près de la ville d’Uvira. Cette attaque avait fait un bilan de douze morts et dix blessés dans les rangs des FARDC.
Le 12 avril, dans le territoire de Fizi, les FARDC ont mené une attaque de drones contre les positions de la coalition formée par les milices Twirwaneho, Red Tabara, Forces nationales de libération( FNL) et le M23. Les frappes, qui ont ciblé les villages de Gishigo, Madegu et Kitavi, ont entraîné d'importants dégâts matériels, détruisant plusieurs maisons et décimant une partie du bétail des habitants.
Le 19 avril, au village Point Zéro en groupement Basimukindji 1, secteur d’Itombwe, territoire de Mwenga, une attaque de drone kamikaze perpétré par la coalition Alliance fleuve Congo (AFC) et le M23, ciblant des positions FARDC a coûté la vie à cinq civils sur place (deux hommes et trois enfants). De plus, huit autres civils ont été grièvement blessés (quatre hommes et quatre enfants) et ont été transférés à l’hôpital général de Fizi pour y recevoir des soins appropriés.
Les FARDC et les Wazalendo intensifient leurs attaques contre les positions du groupe Twirwaneho allié au M23, dans le but de récupérer Minembwe et ses environs, qui sont sous le contrôle de cette milice depuis février 2025.
Néanmoins, et malgré ces combats, les lignes de front ainsi que l’ampleur du territoire contrôlé par le M23 ont globalement peu évolué au cours du mois d’avril.

La CRP mobilisée contre les FARDC
Les hostilités opposant la CRP aux FARDC se sont maintenues dans la zone de Mabanga-Dala, autour du contrôle de la localité de Bule et le long de l’axe Bule-Sumbuso.
Le 9 avril, au village Tsukpa, en groupement Djaiba, secteur Bahema-Badjere dans le territoire de Djugu, trois civils ont perdu la vie et 20 miliciens CRP ont été tués lors d'une offensive FARDC contre la CRP. À l'issue de cette opération, l'armée a réussi à libérer deux otages, dont un policier et un acteur de la société civile locale. Au moins quatorze armes ont été saisies et une dizaine de positions rebelles situées entre Bule et Sumbuso sont passées sous contrôle des FARDC.
Dans la nuit du 28 au 29 avril, des combattants de la CRP ont attaqué un régiment des FARDC dans la localité de Ndje/Pimbo en secteur Walendu-Djatsi dans le territoire de Djugu.
Le bilan de cette incursion s'est élevé à seize morts, dont six militaires (parmi lesquels un officier) et dix civils, tous dépendants des militaires. Une jeep du régiment FARDC déployé à Pimbo a aussi été incendiée. En réaction, les FARDC, appuyées par des miliciens de la Codeco - Union des révolutionnaires pour la défense du peuple Congolais (URDPC), se sont lancées à la poursuite des assaillants CRP en repli. Cependant, au cours de cette traque, les éléments de la Codeco-URDPC ont commis un massacre en tuant 27 civils dans le village de Bassa. Ces violences ont provoqué l'interruption du trafic sur l'axe Bule-Sumbuso pendant deux jours, avant sa réouverture le 30 avril.

À propos
Ebuteli est un institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, basé à Kinshasa.
Ebuteli est un inst
Site web : https://ebuteli.org
X (ex-Twitter) : @ebuteli | @BarometreKST

Bulletin #4 - IVG en RDC - Protection des droits des femmes : obstacles, enjeux et perspectives
Édito
IVG en RDC : autorisée par un traité, pénalisé par la loi
Près de 18 ans après la ratification du protocole de Maputo, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) demeure un point de tension juridique majeur en République démocratique du Congo (RDC). L’accès à l’avortement sécurisé reste pénalisé par la législation congolaise, notamment les articles 165 et 166 du code pénal, tandis que les normes sociales et culturelles (La dominantion de la religion, la pression communautaire et familiale, la stigmatisation, la vision traditionnelle du rôle féminin,etc.) demeurent largement hostiles à une évolution sur cette question. Comment concilier l’application du protocole de Maputo, la protection des droits reproductifs des femmes et les barrières socio-culturelles ?
La non application du protocole de Maputo met en lumière l’écart important qui existe entre le code pénal congolais et les engagements régionaux du pays. Ceci révèle la nécessité d’harmoniser les textes et de passer des engagements formels à leur application effective. La ratification de ce protocole offrira des possibilités juridiques précises pour l’IVG dans des cas strictement définis.
En RDC, une confusion juridique persiste, certains magistrats demeurant réticents à appliquer le protocole de Maputo, préférant se référer au code pénal, malgré la publication du protocole au Journal officiel.
L’enjeu n’est donc ni de généraliser l’IVG ni de dépénaliser l’avortement de manière globale, mais bien d’encadrer les cas prévus par le procotole Maputo afin de préserver la santé et la vie des femmes. L’IVG est souvent la conséquence de grossesses non désirées, qui pourraient être évitées par une meilleure vulgarisation des méthodes de contraception et une éducation complète à la sexualité. Comment prévenir les avortements clandestins ? Comment aborder ce sujet sensible sans heurter les considérations éthiques et religieuses ?
Le sujet de ce numéro du Bulletin 2020 était au centre d’un hackathon législatif, organisé par Ebuteli. L’occasion de revenir sur l’itinéraire de la ratification du protocole de Maputo, son entrée en vigueur, les avancées enregistrées et les défis persistants. Il est ici question de souligner les réformes à envisager pour harmoniser les textes et les pratiques, notamment la révision du code pénal, la formation du personnel médical et judiciaire, et la subvention des services d’IVG pour les femmes les plus vulnérables.
Il s’agit d’une démarche progressive et collective, nécessitant l’implication non seulement de la société civile, du législateur et du pouvoir judiciaire, mais aussi de l’exécutif, afin d’aligner enfin les droits et la santé des femmes congolaises sur les engagements pris par la RDC au niveau continental.
Jessé Busomoke, assistante de recherche du pilier politique
Recents blogs
L'administration Trump a sanctionné l'armée rwandaise. Et maintenant ?
RDC : des minerais stratégiques, mais pour qui ?
Minerais stratégiques en RDC : pourquoi la gouvernance freine le développement
Podcasts
Les contenus sonores d’Ebuteli
Dirigeants relativement bien perçus, institutions sévèrement jugées : comprendre le paradoxe congolais
- Gouvernance|podcastJun 26, 2026
- Violence|podcastJun 19, 2026
- Politique|podcastJun 12, 2026
Nos outils
Baromètre sécuritaire du Kivu
Le Baromètre sécuritaire du Kivu cartographie la violence, analyse les tendances et documente les violations des droits humains dans l'est du Congo.
DiscoverDans la presse
- Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli - Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli - Jan 13, 2026Source
« D’abord, il faut clarifier. Il y a un besoin de cohérence par rapport aux autres processus. On ne peut pas laisser quatre processus évoluer dans tous les sens. Aujourd’hui, nous avons le processus de Luanda, celui de Washington, l’initiative de la CENCO, le processus de l’Union africaine, et maintenant celui de l’Angola. Il est important de mettre de l’ordre, de situer le processus de Luanda, et éventuellement d’en clore certains ou de les harmoniser.»
Fred BaumaEbuteli



